Valorisation des déchets du BTP, Et si on voyait les choses en grand.

16 septembre 2019
valorisation des déchets dans une dechetterie

227 millions de tonnes en 2014, c’est le nombre de déchets issus des entreprises du BTP. 70% c’est ce que représente, en France, ces déchets sur la totalité des déchets produits annuellement. L’enjeu est donc de taille. L’Europe, suivi par la France, a imposé de nouvelles règles qui vont entrer en vigueur en janvier 2020. Objectif principal : la réutilisation matière de ces déchets. Alors qu’en est-il de tout ça ? Que vont changer ces nouvelles normes règlementaires ? Les déchets sont-ils une vraie ressource ?

État des lieux

On trouve trois grandes familles de déchets du BTP. Les déchets dits non dangereux : le béton, les briques, les tuiles et céramiques, le verre, les matériaux bitumineux sans goudron, les terres et pierres. Ensuite, on trouve, le bois, le plastique, les emballages, le plâtre, les métaux, les isolants, qui sont regroupés dans la catégorie des déchets non dangereux non inertes. Et enfin les déchets dangereux : l’huiles, le goudron, les hydrocarbures et leurs dérivés, les piles, l’amiante, le plomb, les appareils et produits contenant du P.C.B., des gaz fluorés, les bouteilles de gaz, les peintures et les vernis

En outre, la loi française interdit strictement l’enfouissement, l’incinération, ou l’abandon des déchets par les entreprises. Il est donc obligatoire de transmettre les déchets à des lieux de collectes, soit soi-même, soit par l’intermédiaire d’un transporteur.

50%, c’est la part de ces déchets, non triés sur les chantiers. Ce chiffre est surprenant, car la facture s’en ressent. Pour des déchets non triés, le prix pratiqué par le lieu de collecte est celui du déchet le plus cher. Les entreprises ont donc tout intérêt à trier leurs déchets par famille, un gain d’argent même si cela implique une organisation plus importante et une formation de ses équipes.

De nouveaux objectifs européens et nationaux

Du béton transformé en gravât, du vitrage pour fabriquer de nouvelles fenêtres. Les possibilités sont infinies. Toutefois, ces possibilités se confrontent, trop souvent, au manque de moyens structurels si ce n’est à l’absence de filières dédiées. Cette dynamique prend donc tous son sens. Il est nécessaire qu’un secteur du réutilisable et de l’économie circulaire se développe afin de répondre à ce challenge. L’Ademe est la tête pensante des politiques publiques sur ce sujet : Recherches, publications, subventions à la création de technologie innovantes, de site de tri…

Par ailleurs, la loi impose désormais aux producteurs de matériaux, équipements de construction, et produits à destination des professionnels du bâtiment à s’organiser en filières pour collecter les déchets issus des matériaux qu’ils produisent. L’intention est double : développer un secteur pas encore assez mûr, et reprenant le principe de pollueur-payeur, faire porter la charge du coût aux entreprises plutôt qu’aux collectivités. En plus de ces nouvelles normes, de nouvelles obligations sont apparues pour les entreprises du BTP : Une traçabilité accrue des déchets, des obligations strictes de tri des emballages, un respect renforcé des obligations de transport. L’état travaille encore sur ce sujet, et les paramètres vont s’affiner petit à petit.

D’ailleurs, le 5 septembre dernier, on a pu entendre la secrétaire d’état Brune Poirson (ministère de la transition écologique et solidaire) faire une série d’annonce pour lutter contre les décharges sauvages : Le ministère entend rendre gratuit les déchetteries pour les artisans du bâtiment qui trieraient au préalable leurs déchets. Il compte développer le nombre de déchetteries sur le territoire, et que ce soit la filière du bâtiment qui prenne à sa charge le coût de la mise en décharge. La facture payée jusqu’à maintenant par les municipalités représente entre 340 et 420 millions d’euros par an.

Des déchets qui deviennent des ressources

La nouvelle norme introduit, notamment, des priorités dans le processus d’économie circulaire, le but principal étant la réutilisation de ces déchets. Autrement dit, du bois réemployé comme un matériau bois (matière première), à défaut du bois transformé en papier (matière secondaire), ou en dernier recours, s’il est impossible de faire autrement du bois brulé pour produire de l’énergie.

En ce qui concerne les déchets inertes, ceux-ci peuvent être recyclés comme matériaux de construction, comme du béton en granulat permettant le renforcement d’infrastructures, ou le remblaiement d’un terrain. Il est également possible d’avoir recours au concassage et criblage des déchets inertes afin de les valoriser sur les sites de construction.

S’agissant des déchets non dangereux et non inertes, dits aussi déchets industriels banals, leur valorisation est encore trop peu effective, alors que des méthodes et même des filières existent (bois, plâtre, PVC). Dès lors qu’on les valorise, on voit des métaux réutilisés en métallurgie. Le plastique redevient du plastique, le PVC du PVC, leur valorisation matière est assez simple et très rentable.

Avec 100 millions de tonnes de déchets collectées, la filière du recyclage a un bel avenir devant elle. Pas à pas, son développement devrait créer de nouvelles opportunités de valorisation. A notre époque, les entreprises payent pour faire collecter leurs déchets, mais qui sait ? Il est possible qu’un jour ces déchets prennent de la valeur, leur statut de ressources surpassant celui de déchets. On le voit par exemple avec Veolia qui sous certaines conditions rachètent aux particuliers et aux associations des stocks importants de matières recyclables. Peut-être qu’en 2050, les entreprises se verront racheter leurs déchets considérés jusqu’à maintenant comme un fardeau. L’idée n’est pas si irréalisable. Affaire à suivre…

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