Une Smart City, pas si smart que ça.

14 novembre 2019
Une ville avec des building vue du ciel et des liens blancs qui connectent les batiments, reoprésentatifs de reseaux digitaux.

La Smart city a la cote et les collectivités territoriales y sont pour quelque chose. Chacun à sa manière essaye, tente, cherche… Prêts à mettre des moyens dans des projets dit « smart », elles en restent trop souvent dénuées de compétences. 74 % des collectivités souhaitent fortement s’engager. Mais quand l’enquête 2018 du Moniteur et de la Gazette des communes leur a demandé de s’auto-évaluer sur leur maturité, les collectivités se sont attribuées une note moyenne de 4,8 sur 10.

La Smart city quoi ?

Si la ville de Nantes a réussi à dynamiser les entrepreneurs du digital avec sa démarche d’open-data, Lyon garde la place de première « smart-métropole » en France, et 23e mondiale. Mais ses projets se résument encore à quelques dispositifs peu originaux, et généralement à l’inauguration en grande pompe d’une navette autonome, aisément dépassable en marchant… A l’instar du BIM, la Smart City est encore un étendard qui se résume souvent à une campagne de communication. En clair, beaucoup de monde veut être innovant, sans savoir forcément comment et sans toujours savoir pourquoi.

Il est important de s’arrêter sur la définition de ce concept. Car la traduction littérale a bien participé à la confusion de tous sur le sujet. Futé, intelligent, élégant, trois mots qui forment la traduction française de « Smart », et « city » pour « la ville ». En réalité, le concept renvoie à une ville avec des solutions originales et innovantes. Une ville qui répond à un enjeu primordial : être en phase avec son écosystème. Autrement dit, la collaboration doit être intelligente et prendre en compte l’ensemble des acteurs locaux.

En effet, la Smart city fait référence à de nombreux sujets dans la gestion d’une ville. Énergie, gestion des eaux, mobilité, écologie, services publics… renvoyant à tous les enjeux et problématiques de la politique locale. On trouve donc un certain nombre de projets à travers le monde, mais beaucoup d’entre eux répondent plus à une lubie qu’à une vraie problématique importante.

État des lieux : Des solutions diverses et variées

Parmi le panel de solutions existantes, on retrouve les projets de gestion intelligente des réseaux d’eau et d’énergie, des déchets, de la mobilité, de la gestion intelligente de l’éclairage public

A Santander en Espagne, la ville a été proactive : elle a notamment mis en place un système de gestion intelligente des déchets. Le placement de capteurs dans les bennes de tri de la ville, a permis à l’entreprise partenaire d’être informée en temps réel de l’état du remplissage des bennes. Une réelle optimisation des tournées de ramassages, qui évite les cas de débordement des bennes de tri et qui permet une gestion performante.

En matière de mobilité, on voit apparaitre des programmes de gestion intelligente de la circulation, les feux de signalisations s’adaptant à l’évolution des flux automobiles ou des applications aiguillant les automobilistes à la recherche d’une place. C’est ce que propose la ville de Nice avec l’application « Nice city pass ». En ce moment, le “free-floating” a le vent en poupe. Son intérêt ? dissuader les habitants d’avoir leur propre moyen de locomotion en leur proposant un service de mobilité adapté, en libre-service et sans bornes. Des voitures, comme les Tweezy à Marseille, des scooters comme Cityscoot à Milan, Nice, Paris et Rome, et bien sûr les trottinettes dont l’implantation posent un certain nombre de problèmes.

Par ailleurs, on voit de plus en plus de projet de gestions automatique des réseaux, notamment avec l’éclairage publics. L’enjeu est de taille car les études estiment que les gains ou plutôt la diminution des pertes peuvent atteindre des niveaux élevés, jusqu’à 50% des factures d’électricité. Un gain, justifiant pleinement un investissement de base important, potentiellement très vite amorti. Surtout que près de la moitié des éclairages publics en France sont aujourd’hui obsolètes, une bonne raison d’utiliser les nouvelles technologies pour répondre au défi de la réduction de la facture énergétique.

En termes d’information publique et citoyenne, de communication entre la mairie et les citoyens, on retrouve à Nantes ou Barcelone par exemple, des applications d’information des citoyens sur la vie de la municipalité, sur les événements de la ville… Avec « Nantes dans ma poche », la ville réalise des consultations publiques, afin de sonder l’opinion sur des projets de politiques publiques. Sur l’autre rive de l’Atlantique, Boston Citizen offre la possibilité aux habitants de communiquer avec les pouvoirs publics. On peut donc notifier de la survenue de problèmes, des équipements endommagés, un trou dans la chaussée, un luminaire public cassé… L’application permet également aux citoyens de partager leurs requêtes sur Tweeter. Boston est ici dans une vraie démarche qualitative. La capitale américaine, sûrement admirative de sa voisine, a suivi l’exemple en créant Washington DC 311. Paris a également enchainé le pas avec le logiciel : “Dans ma rue” ; permettant le constat d’anomalies dans l’espace public.

Des enjeux à priorités variables

En effet, la Smart city donne vie à une multitude de projets avec des enjeux très différents, dont l’utilité est plus ou moins relative. Personne ne contredira que la gestion optimisée des déchets reste un enjeu de taille par rapport à la navette autonome, que la lutte contre le gaspillage énergétique est plus prioritaire que des bornes interactives pour les touristes, que la régulation des flux à Singapour par la variation des prix du péage, est moins égalitaire que sa régulation par des applications guidant les automobilistes.

La prise en compte des enjeux d’une innovation, de son utilité collective, de son rapport coût-bénéfice, de ses impacts positifs, comme négatifs, sont donc peut-être les questions prioritaires à se poser. Une étude globale poussée, et des compétences adéquates sont donc indispensables avant de se lancer dans des projet souvent longs et couteux. Par ailleurs, il ne faut pas s’arrêter au jugement de ses pairs car il semble que certains succès résident souvent dans l’originalité de la solution trouvée. D’autre part, il est nécessaire d’être attentif aux zones d’ombre ; pouvant rapidement cacher des conséquences négatives pour certains acteurs de la cité. A défaut, il se pourrait que la smart city tant rêvée ne soit pas si smart que ça !

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